Alexis Jenni, Marien Defalvard :
2 romanciers inconnus/fulgurants !

 

Alexis Jenni, un prof lyonnais de 48 ans décroche le Prix Goncourt avec son premier roman, L'art français de la guerre. Il était pressenti dans la plupart des grands prix de l'automne.
Marien Defalvard, un écrivain de 19 ans surdoué, époustouflant selon ses thuriféraires. Publié par Grasset, il fait le buz sur Internet depuis sa passe d'armes avec Ségolène Royal et la polémique sur Wikipédia. Le milieu littéraire les a immédiatement reconnus. En dehors du talent qu'on leur prête, les propos qu'ils ont tenu dans les médias révèlent des démarches communes à la plupart des auteurs.

Prendre son temps, laisser mûrir, sans cesse remettre l'ouvrage...

Jenni a mis 20 ans avant de se voir reconnu. Deux autres manuscrits avaient été refusés par les éditeurs. Étaient-ils si mauvais ? Il le dit. Il leur reconnaît des défauts stylistiques et de structure. Après un petit tour chez les éditeurs, ils ont rejoins les fonds de tiroir. Il a travaillé 5 années pour écrire le dernier avec lequel il touche le jack-pot.

Defalvard a écrit son texte entre 15 et 16 ans, l'a laissé dormir quelque temps avant de le reprendre et l'envoyer. Et, il a accepté de retravailler (resserrer) le manuscrit suivant les indications du service littéraire de Grasset.

Les auteurs débutants ont tout intérêt à ne pas se presser. Laisser mûrir et décanter évite la production de textes insuffisants. Certains ont du mal à tenir compte de la critique. L'affect qu'ils mettent dans leurs écrits empêche toute distanciation, bloque toute autocritique. Même si son manuscrit est abouti, le démarchage des éditeurs n'est pas une promenade de santé pour l'écrivain inconnu sans recommandation. Cela devient vite une une galère lorsque la décision de publier survient trop tôt.

Le canal de la Poste !
Tous deux ont envoyé leur manuscrit par la poste sans la moindre recommandation. Jenni uniquement chez Gallimard – mais il aurait contacté d'autres éditeurs en cas de refus. Defalvard a expédié le sien chez plusieurs. Grasset l'a pris au bout de 8 jours, mais d'autres l'ont refusé... Les décisions de publier dépendent d'une question de feeling entre le lecteur interne et le texte.

Quelques médiocres fâcheux se rependent à l'envi sur le fait que les grands éditeurs parisiens, n'ouvrent même pas les manuscrits arrivés par la poste. Ces deux exemples récents l'infirment. Les éditeurs survolent les quatre cinquième des textes qu'ils reçoivent mais ils mettent en lecture approfondie le restant. Sur le fonctionnement des comités de lecture reportez-vous à l'annuaire Audace, page 12.

A combien d'éditeurs faut-il envoyer son manuscrit ?
Vous n'êtes ni Alexis Jenni, ni Marien Defalvard qui ont été retenu au bout d'un mois pour le premier, d'une semaine pour le second. Si vous avez ciblé correctement une vingtaine de maisons, envoyer son tapuscrit et attendre la réponse favorable prendra des années. Alors procédez par 3 ou 4 vagues en faisant 6 à 7 copies.

Si votre manuscrit déclenche un coup de foudre, l'éditeur ne laissera pas échapper la publication. Il vous contactera au plus vite. S'il y a un réel intérêt sans que ce soit l'enthousiasme, l'éditeur fera suivre au texte sa procédure habituelle... et celle-ci va chez certains avec une allure de sénateur.

Les deux écrivains ci-dessus ne devraient pas rencontrer de difficulté pour publier dans l'avenir. Mais il arrive parfois qu'un auteur publié dans la Blanche de Gallimard se voit refusé son second ouvrage parce que les ventes du premier sont restées médiocres ou parce que son second ouvrage est moins bien perçu. D'autres maisons ne seront pas si financièrement ou littérairement regardantes.

 


© L'Oie plate (2011)

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