La défonce des auteurs

Les auteurs français font preuve d’un laxisme époustouflant dans la défense de leurs droits. Le Canard Enchaîné du 18 mai 2005, dans son article « Maladroits d’auteur » conte à travers 2 exemples récents, Le Serpent à plumes rachetés par les Ed. Le Rocher et Le Cherche-Midi par Editis, comment les écrivains français se font « maltraiter » lors des rachats de boîtes. Pour lui, les créateurs français sont assimilés aux meubles qu’on vend et revend sans le moindre scrupule. On ne prend même pas la peine de les informer. Une seule question et pas de réponse : pourquoi sommes-nous si démunis ?

Pendant ce temps, certains auteurs étrangers, probablement "drivés" par leurs agents, sortent de ce type d'aventure la tête haute. Normal, leur contrat contient une clause de non transfert*. L’acheteur de la maison d’édition a besoin de l’accord de l’auteur pour récupérer le contrat. On comprend que les maisons d’édition se montrent réticentes. Ce type de clause freine les cessions globales. L’information complète de l'auteur sur l’ensemble de la négociation devient un préalable. Fini les petits arrangements sur le dos de l'écrivain qui apprend par hasard que son livre a été traduit sans qu’on l’informe ni ne le rémunère.

Les transferts de contrats et la revente ou la cession de ceux-ci en bloc lors des rachats permettent à l'éditeur cessionnaire de mieux vendre, voire d’empocher de confortables plus-values. Les écrivains constituent un élément monnayable au même titre que le stock ou le matériel de bureau. Une telle clause réduirai le prix de revente d’une maison d’édition. L’acheteur ne serait plus assuré de récupérer tous les contrats. Un clause de non transfert profiterai d’abord aux locomotives médiatiques. Elles se verraient courtisées et pourraient faire grimper les enchères.

Que le contrat-type du Syndicat de l’Edition omette cette possibilité, c’est fort compréhensible. Ca l’est moins pour celui de la SGDL. Principale Société d'auteurs, elle est chargée de les défendre et donc de promouvoir des clauses contractuelles sauvegardant leurs intérêts.

Ces situations contractuelles déséquilibrées se produisent lorsque les écrivains se désintéressent de leurs droits, qu’ils se retrouvent seuls pour négocier, sans réelle marge de manœuvre, des contrats conçus et rédigés par les éditeurs, à l’avantage de ces derniers. Trop d’écrivains considèrent le fait de publier (à compte d’éditeur) comme une chance (il y a tellement de recalés) et une faveur. Ils ont un autre métier et n’attendent pas après ça pour vivre. La satisfaction immédiate de leur ego prévaut sur les règles d’exploitation et de protection. Les Universitaires utilisent la publication comme un élément stratégique pour leur carrière. La question des droits et du droit d’auteur devient secondaire quand elle ne constitue pas le cadet de leurs soucis. L’important, c’est d’avoir une bio-bibliographie le plus étoffée, même si elle ne leurre pas les spécialistes !

Ce désintérêt produit la faiblesse intrinsèque des syndicats d’auteurs dont les dirigeants se retrouvent perpétuellement en porte-à-faux entre leur carrière littéraire et la défense du droit. On comprend que cette défense ne peut être que mollassonne, au cas par cas, et surtout sans réel écho auprès du public et de la masse des auteurs.

En ce début de millénaire, l’alternative des auteurs français se décline entre continuer à se faire défoncer par des contrats précaires qui les infantilisent ou tenter de créer un organisme qui se donne les moyens de faire respecter leur primauté. Sans eux, l’édition ne serait rien qu’une coquille vide, répliquant indéfiniment le domaine public. Une telle structure devrait avoir des dirigeants indépendants des éditeurs, compétents dans tous les domaines de la création intellectuelle. Elle devrait être capable d’épauler ses membres sur les questions juridiques, de la négociation du contrat, de son suivi… jusque devant les tribunaux. L’édition française, évolue, se concentre et se restructure depuis plus qu’un quart de siècle. Il serait temps que les écrivains et les écrivants se bougent le cul, qu'ils sortent de leur ridicule léthargie. Qu’ils quittent leur splendide isolement et qu’ils comprennent qu’ils ne grandiront qu’en se regroupant et qu'en faisant face aux défis qui les attendent. Que-que-que-qui-qui donc disait que le XXIe sera solidaire ou ne sera pas ?

(*) « Ce contrat ne peut être transféré ni cédé par l’éditeur sans le consentement explicite de l’auteur ou de ses représentants »

RogerGaillard
Le 10 septembre 2005
(article paru dans le n° 51 d'Ecrire&Editer

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