Le Compte d’Éditeur MinimumLe Calcre et L'Oie plate ont mis en lumière, depuis trois décennies, la présence du compte d'auteur minimum (C/A mini). Plus récemment, des éditeurs utilisent les facilités des nouvelles technologies numériques. Elles abaissent considérablement le seuil de rentabilité des livres. Des sociétés proposent aux auteurs débutants ou en panne une méthode de publication qui est à l'édition ce que le caviar d'aubergine est au caviar de la Caspienne... un ersatz ! C'est le Compte d’Éditeur minimum (C/E mini). La variété ultime du Compte d’Éditeur limite (CEL). La couleur du compte d'auteur ! Pas de sélection sérieuse des textes, pas de conseil, pas de promotion ni de diffusion digne des usages de la profession, mais aussi pas d'argent exigé pour publier à minima. Ça a l'odeur et la couleur du compte d'auteur, mais cela n'en est pas, du moins dans l'offre de base puisqu'il n'est pas question de payer le moindre centime et que le risque éditorial, même réduit à la petite centaine d'euros, est réel. Les charges liées à la commercialisation n'existent quasiment pas vu que le soi-disant éditeur ne lèvera pas le petit doigt pour faire connaître et vendre le livre, un fois sa mise en ligne sur opérée. Dès que l'auteur souhaite une couverture couleur pour remplacer l'austère version basique, qu'il veut une quatrième de couverture d'aspect professionnel ou qu'une correction du texte par un professionnel lui semble opportune, la maison déclenche le tiroir caisse. Dame ! Ils sont des prestataires. Ils sont plus attachés à leur chiffre d'affaire qu'à défendre une littérature qu'ils n'ont même pas lue. Maquettes automatisées et impression à la demande La plupart du temps la proposition éditoriale se limite à la réalisation à minima de la maquette du livre numérique quand ce n'est pas l'auteur lui-même qui la réalise sur un robot de mise-en-page, l'inscription de l'ouvrage sur le site de la maison et sur les librairies en ligne et l'impression du livre papier à la demande. Pas de service de presse, pas de promotion ni d'envoi d'ouvrages aux médiateurs culturels, pas de démarchage dans le réseau des librairies* (* Les meilleurs se vantent d'être distribués par des professionnels comme Hachette Distribution , la Sodis ou Daudin. Mais c'est un argument sans effet. En absence de presse et de représentant visitant les points de vente, les résultats sont généralement nuls, au mieux ultra minces), pas de présence dans les salons, pas de soumission à des prix littéraires ni de démarchage pour des exploitations annexes. Mais aussi, pas d'exemplaires d'auteur mais des remises modestes, progressives suivant la quantité achetée. L'écrivain représentant et colporteur Pour pallier l'absence de services sérieux, l'auteur n'a qu'à se débrouiller pour faire son service de presse, sa communication sur les réseaux sociaux, passer des commandes qu'il paiera cash... et cher. Avec, il pourra organiser une séance de signatures, participer à des salons du livre. Il lui faudra prendre son bâton de pèlerin pour tenter de déposer des exemplaires chez les libraires de proximité et surtout solliciter son entourage familial ou professionnel. Les prestataires les plus francs insistent lourdement sur l’implication de l'auteur comme gage essentiel du succès. L'éditeur, le pseudo-éditeur devrait-on dire, s'attribuera des résultats des ventes obtenues par l'écrivain. Il est rare que l'écrivain tienne une comptabilité précise des commandes passées et des ventes directes que ses actions ont suscité. Un contrat facilement résiliable La plupart de ces maisons proposent des contrats ultra simplifiés avec une cession des droits patrimoniaux limitée et avec, ce qui n'est jamais le cas chez les vrais professionnels, une grande facilité de résiliation dès la fin de la première année. Soit qu'ils pensent qu'il vaut mieux ne pas pousser le bouchon trop loin avec leur méthode iconoclaste, soit qu'ils estiment qu'au bout d'un an, il n'y a plus de jus à tirer du citron et qu'il vaut mieux se séparer bons amis plutôt que générer des aigreurs qui nuisent d'autant plus qu'on les retrouvent sur les réseaux sociaux. Pour compenser, la maison fixera par contrat un prix de vente élevé et des remises à minima. Elle sait qu'elle vendra quasiment qu'à l'auteur. Comme pour l'édition à C/A, on est en présence d'une édition à client unique. Il en est de même pour le droit de préférence. Rappelons qu'un tel droit tend à rendre captif l’écrivain car il l'oblige à soumettre à l'éditeur ses œuvres suivantes. Cette clause contestable tirait sa justification dans la nécessité de poursuivre l'aventure avec un auteur dont le livre avait connu un succès notable, ou dont l'écriture laisse présager une progression. C'est une clause illicite dans les contrats à C/A. Elle liait l'auteur pour toujours. Or, celui-ci est un consommateur de services éditoriaux. Il paie mais ne cède aucun de ses droits. Aucun contrat à C/E Mini n'ose imposer un droits de préférence qui serait reconnu de toute façon par les juristes comme illicite. Parfois, ces éditeur minimum insèrent une clause de report du paiement des droits sur l'année suivante. Et c'est très souvent le cas car lorsque l'écrivain achète des livres avec une remise de 15 , 20 ou 30 % de remise, le contrat à pris la peine d'inclure qu'elle intégrait les droits d'auteur. Ce report pour insuffisance de résultat (moins 50 ou 75 € de royalties) devrait attirer l'attention de l'auteur, l’amener à réfléchir sur l'efficacité du futur partenaire. Jamais les contrats des Gallimard ou Grasset ne comportent une telle clause. Le C/E minimum, quel intérêt ? Les professionnels du Livre (éditeurs normaux, libraires, écrivains confirmés, journalistes, bibliothécaires, …) connaissent ces sociétés et considèrent les écrivains qui y recourent au mieux comme des naïfs au pire comme des troisièmes choix. Certaines maisons en louent l'utilité car il les débarrassent des manuscrits qui ne les intéressent pas. Tout n'est pas mauvais dans le tout venant, mais les comités de lecture sont souvent des passoires à mailles larges et leurs membres ne sont pas là pour faire du conseil et de l'aiguillage. Tant pis pour ceux qui se conduisent comme des gogos ou qui manquent d'Audace.
© loieplate - juillet 2016 |