L'impasse du Compte d'Éditeur minimum!

Les facilités des logiciels informatiques permettent de faire le maquettage, l'impression d'un livre à la demande et l'inscription sur sites avec un investissement minimum. Les petites sociétés d'édition qui exploitent le marché des nouveaux auteurs en déshérence foisonnent. Leur offre conduit à une impasse pour les uns et à une solution de secours pour les autres.

 

Répétons-le : le C/E minimum est une impasse pour tout auteur habité par l'impérieuse nécessité d'écrire. C'est une solution de recours pour n'importe quel écrivain du dimanche dont c'est le passe-temps, pour le velléitaire ou pour celui qui estime n'avoir qu'une seule chose à dire. Il constitue une opportunité pour les genres littéraires ou des sujets sans marché potentiel (tels, la pièce de théâtre d'une jeune compagnie amateur ou l'histoire locale d'un petit village, par exemples... mais pas pour la poésie qui dispose quantité de micro-structures plus valorisantes). C'est également une solution pour un étudiant ou un doctorant de publier sa thèse en quelques exemplaires. une opportunité pour un étudiant ou un doctorant de publier sa thèse en quelques exemplaires.

 

Rappel des principes du C/E minimum

 

Ces maisons d'édition n'effectuent pas réellement le travail classique des éditeurs professionnels. Sur les principes, elles se rapprochent fortement des maisons à compte d'auteur (C/A) à ceci près qu'elles ne demandent pas d'argent aux auteurs dans l'offre minimale de base.

Les points de convergence entre le C/E mini et le C/A sont les suivants :

    0 – Pas de critique ni d'avis pertinents car il n'y a pas de lecture sérieuse et approfondie ;

    1 – Pas de sélection des textes ;

    2 – Des services éditoriaux à minima (pas de correction du texte, une couverture basique peu attrayante, pas de service de presse ou bien service de presse stupide et riquiqui) ;

    3 – Tirage initial très faible, voire absent (tirage à la demande) ;

    4 – Pas de diffuseur* ;

    5 – Transfert de la charge de promotion diffusion à l'auteur ;

    6 – Contrat succinct et facilement résiliable

 

Il n'est pas demandé à l'auteur de payer mais l'officine propose des services supplémentaires payants (Correction, couverture personnalisée, etc.).

Même si ces services sont peu onéreux, sur le principe ils font basculer de C/E Mini en C/A abusif (puisqu'il y a cession des droits).

 

Ainsi, le modèle économique de ces maisons s'appuie sur des services minimum voire tronqués. Une fois la maquette réalisée, les opérations de dépôt légal, de mise sur site propre et de référencement faites et un premier tirage de quelques dizaines d'exemplaires réalisée, plus rien ne se passe. L'éditeur attend que l'auteur se décarcasse pour promouvoir et vendre l'ouvrage. L'auteur débutant et en phase euphorique organise sa promotion (activation sur les réseaux sociaux, séances de signature, service de presse...) et sa diffusion (vente à l'entourage, salons, dépôt chez le libraire du quartier...). L'écrivain n'a d'autre choix que d'acheter plusieurs dizaines d'exemplaires de son livre car l'éditeur ne lui offre qu'une ou deux copies.

 

S'il en achète moins d'une vingtaine, il les paie au prix fort. L'habile commerçant lui consent une remise ridicule (10 à 15%) tout en lui supprimant les royalties (10%) associées à la vente. Mais plus il en achète plus la remise grimpe sans dépasser toutefois les 40% du prix public**. Il ne sait pas que l'éditeur consent 30 à 40% à toute commande « libraire », 50% lorsqu'il à un distributeur) et qu'il devra ensuite régler à l'écrivain les 10% du droit d'auteur.

Ce transfert de la charge éditoriale sur l'écrivain permet à l'éditeur à C/E minimum d'avoir un seuil de rentabilité extrêmement bas, d'engranger des commandes "auteur" pas très élevées certes mais constantes sur la quantité d'auteurs qu'il publie. Comme pour l'édition à C/A son chiffre d'affaires dépend du nombre de contrats et de livres qu'il produit dans l'année.

 

Comment repérer ces officines à C/E minimum

 

Leur site internet très pro développe un discours d'ouverture aux nouveaux auteurs. Les plus sérieux se cantonnent à un savoir-faire limité aux genres littéraires de prédilection des responsables. Beaucoup cherchent à attraper tout ce qui passe. Ils se présentent comme compétents aussi bien dans le roman, la nouvelle, la poésie, les documents et les essais y compris scientifiques, la biographie et même le livre jeunesse ou l'album de BD. Ils ont souvent peu de personnel ou qui se limite à l'animateur et son webmestre.

 

Dans tout les cas, il s'agit de convaincre le client que les services proposés (gratuits ou payants) seront efficaces et promptement réalisés. Certains n’hésitent pas à critiquer la sélection impitoyable des éditeurs traditionnels.

Aucun éditeur traditionnel ne fait référence à la gratuité. Pour ces maisons cela va de soi puisqu'ils assument entièrement le risque éditorial, risque qui peut s’élever à plusieurs milliers d'euros. C'est ce risque qui garantit l'auteur. L'éditeur qui se respecte va faire un travail sérieux pour deux raisons évidentes : il croit dans l'avenir du texte et de l'auteur qu'il a choisi ; il doit récupérer sa mise et faire si possible un bénéfice.

Si l’aventure vous tente, alors :
1 – Analysez en détail toutes les parties du site de l'éditeur à C/E minimum.
2 – Son discours est-il de type arguments attrape-tout, voire putassier ou sobre et sans excès ;
3 – Le catalogue du site personnel de l'éditeur est-il vendeur ?
4 – Y a-t-il beaucoup d'auteurs ? Combien de nouveaux par an ? Y a-t-il des auteurs dont on peut penser qu'ils sont satisfaits puisqu'ils republient chez lui.
5 – Regardez les pages descriptives des ouvrages et les couvertures des livres . Sont-elles attrayantes ? Et celles de l'offre gratuite ?
6 – Y a-t-il des écrivains connus ou bien le catalogue n'est qu'un empilage d'auteurs inconnus/débutants ?
7 – le contrat est-il biaisé ou clair. En cas de doute n'hésitez pas à le faire analyser par un avocat, un syndicat d'auteur ou notre associations des Amis de L'Oie plate. Nous pouvons vous donner un avis pertinent mais aussi des pistes pour négocier des aménagements positifs.  -

 

En conclusion

 

Soyez sans illusion si vous optez pour ce type de publication. Il faudra être particulièrement réactif et très actif pour promouvoir votre livre et obtenir des ventes dépassant la centaine de copies. Tout n'est pas négatif. Vous aurez testé votre désir de persévérer dans l'écriture et la publication. Vous aurez découvert que le métier d'auteur c'est aussi l'implication dans la promotion et la défense de votre texte. Sans vous conduire comme un marchand de tapis, vous aurez appréhenpar la pratique le difficile métier de vendeur de livres.

 

 

* Le diffuseur trouve des commandes « libraires », le distributeur les gère. Certaines officines se targuent d'un distributeur ayant pignon sur rue. Il en font un argument d'efficacité alors qu'ils sont inactifs dans la promotion et la diffusion. Or s'il n'y a pas de commande « libraires » le distributeur ne distribue rien. Amazon (libraire en ligne et distributeur) n'échappe pas à cette règle. Pour votre information sachez que tous les ans depuis 2005, plus d'une centaine d'Audace étaient vendus sur cette plateforme alors même que notre autre guide, La Revue Mode d'emploi, ne dépassait jamais une à deux unités.

** Sachez que le prix public d'un livre est approximativement entre 5 et 7 fois son prix de fabrication. Un éditeur professionnel normal, ayant du diffuseur/distributeur ne récupère que 40% - parfois moins - du prix public sur les ventes « libraires ». Et il doit en outre régler les 10% de droits à l'auteur du livre. Sur chaque vente, il lui reste au maximum 30% du prix public HT et c'est avec cela qu'il fait tourner sa boutique, se verse un salaire et en fin d'année les éventuels dividendes. Ne pleurez pas sur son sort. Le pro fait ce qu'il faut, il sait vendre ! Les sympathiques petits éditeurs vivotent pour les beaux yeux de la princesse Littérature. Les commerçants du C/A ou du C/E minimum ont une autre méthode : c'est l'auteur qui paie et qui travaille. Eux, avec des charges très réduites, encaissent sur les ventes réalisées par les poulains de l'écurie 2 à 3 fois plus que les pros.

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