Créer une revue aujourd'huiLe développement des moyens de communication a entraîné une diversification des types de revues en fonction des techniques mises en œuvre. En dehors des choix culturels et éditoriaux, le créateur d'un périodique doit décider entre édition papier, virtuelle ou panachage des deux. Si la revue papier tient toujours le haut du pavé, son hégémonie a été égratignée par l’arrivée de l’informatique et d’Internet. Loin de lui nuire, le web lui offre de nouveaux horizons. Des tentatives, vouées à rester marginales ou à disparaître, eurent lieu avant l’arrivée du web : - La revue parlée, telle que celles du Centre Pompidou ou du Club des poètes (de JP Rosnay), n’a pas fait d’émules et quelques éditions de revues sur cassettes audio périclitèrent très vite. - Dans les années 80-90, la revue Alire, sur disquette, puis sur CD, connu le même sort*. Problème de matériels/logiciels, manque de souplesse dans l’ergonomie de la lecture et faible taux d’équipement des ménages les conduisirent à l’échec. La donne change avec l’arrivée d’Internet. Son développement exponentiel et la mise sur le marché d’outils technologiques de plus en plus simples lui gagne la majorité de la population. Aujourd’hui, les créateurs d’une revue culturelle doivent tout naturellement se poser la question du véhicule de communication vers le futur lectorat. Revue papierLe papier résiste mieux que ne le pensait les spécialistes à l’arrivée des revues en ligne. Outre qu’il constitue la matérialisation de la chose écrite, il apporte les composants tactiles et émotionnels de l’objet, une pérennité du texte, une souplesse de lecture en tous lieux que la revue électronique ne peut revendiquer.La revue papier s'achète alors que la revue électronique se donne. Or, c’est bien connu des psychologues, sociologues et homologues : symboliquement, tout ce qui est gratuit ne vaut rien ! Editer un périodique demande plus d’investissement technique et financier une fois les textes rassemblés et la maquette arrêtée. Cela exige une politique rigoureuse de communication, de diffusion et de gestion des abonnés. Elle oblige les revuistes à plus de sérieux car elle constitue un univers culturel et économique soumis aux lois du marché. La sanction de l’échec, c’est la mort du périodique. Même si la revue papier coûte cher à fabriquer, à expédier, même si les tendances actuelles visent à l'exclure des tarifs postaux réduits, sa force initiale reste : elle appartient à l’univers du solide, du concret, du palpable. A contrario, son adversaire appartient au volatile et au fluctuant. La concurrence est rude. Toute la presse littéraire survit sous perfusion en se partageant des subventions étiques, un lectorat croupion. Elle vivote sans grandes perspectives de développement, avec la foi dans l’objet littéraire pour viatique. Même Ecrire&Editer n’était pas rentable bien que leader sur son créneau. D'où des tensions parmi les salariés de la rédaction. Dans ces conditions, il paraît tentant d’abandonner le papier pour le tout virtuel. C’est oublier que la dématérialisation de l’objet comporte une cascade de conséquences. Les contacts avec les médias, les professionnels de la presse, deviennent caducs ou presque ; les manifestations culturelles, salons, rencontres, vernissages et autres rencontres conviviales disparaissent ; l’argent ne circule plus ni dans un sens, ni dans l’autre. Internet véhicule essentiellement un discours sur la gratuité. Qui dira la satisfaction du revuiste devant un nouvel abonnement, le lancement réussi du dernier numéro, un salon riche en contacts et qui améliore des finances bancales ? … ou Revue en ligneInternet, c’est l’aboutissement actuel de la révolution de l’information pressentie il y a 40 ans par les Situationnistes. C'est la mise en image et en temps réel de la société de l’information. Le web constitue lune formidable fenêtre ouverte sur le monde et sur les autres cependant il isole physiquement chacun derrière sa machine... Internet profite d'abord aux grosses structures et aux opérateurs économiques concentrant l’information et les produits (les grands groupes de vente en ligne). Le foisonnement des sites de petits éditeurs, les revues culturelles, les blogs de particuliers noient l’internaute dans un déluge d’informations brutes, pas toujours pertinentes. La technique facilite la communication. Et pourtant, l’efficacité de cette dernière se trouve diluée dans l’offre pléthorique. Mais une fois posé ce constat, une fois admis qu’on ne peut quasiment jamais vendre ses pages virtuelles, la revue en ligne comporte quelques avantages et non des moindres. C’est un média économique à mettre en œuvre pour qui se plonge dans le cambouis (langages/logiciels). Le revuiste-webmestre n’a besoin que de quelques dizaines d’euros pour faire exister sa passion. C’est un média moins lourd à fabriquer et à gérer : plus d’impression, mais une mise en ligne ; plus d’expédition fastidieuse mais d’un simple clic, elle avertit ses lecteurs qu’ils peuvent voir, lire ou télécharger le nouveau numéro ; plus d’enquête de lectorat, il suffira de suivre chez son fournisseur d’accès l’évolution du nombre de pages visitées. La toile prend le relais et procure une audience toujours supérieure à celle de la revue papier. Elle n’exige pas d’acte d’achat et théoriquement des millions d’internautes peuvent la consulter. Les nouveaux contenus drainent en permanence de nouveaux publics. Echappant aux sanctions économiques, beaucoup de revues du Net tendent malheureusement à s’affranchir du qualitatif. Leur manque de cohérence dénote la profession de foi du responsable : se faire plaisir. Cela déroute et fait fuir le « surfer » exigeant. Faire une revue payante en ligne, comme cela fut envisagé un temps par Cose-Calcre pour Ecrire&Editer, n’est possible qu’à la condition que le contenu culturel et le prix soient attractifs. La vente au numéro ou l’abonnement sécurisé en ligne augmente l’efficacité. Mais, avant d’en arriver là, il est prudent de tester la formule en version gratuite, puis de mesurer l’intérêt du lectorat. Les panachages !Pour le revuiste bidouilleur, le panachage des techniques communicationnelles apporte toujours des avantages. La revue papier bénéficie de l’audience du web et celui-ci de transfert de textes. Le site rapporte des abonnements et constitue un espace d'expression parallèle. Il contribue, par les ventes (en ligne ou non) à l’assainissement de la situation financière de l’ensemble. Revue papier + lettre électronique C’est la solution « light » pour le revuiste que la technique rebute. Il navigue et il sait se servir du courriel. C’est suffisant pour communiquer avec ses contacts, ses abonnés, ses auteurs, ses confrères. Sa lettre électronique peut être un simple résumé du numéro papier. Elle peut servir aussi à véhiculer une littérature qui n'a pu trouver sa place dans les pages imprimées. Le revuiste peut doubler la lettre par un fichier attaché qui rend sa lecture plus attractive. Revue mixte Les adeptes de la revue papier trouveront avantage à disposer d’un site perso. Il complétera la revue, lui servira d’archivage et de catalogue de vente par correspondance. Deux sortes de revues mixtes existent :
Enfin rien n’empêche le revuiste de multiplier les médias, d’associer sa revue mixte avec une lettre électronique d’information dotée d’une fréquence de parution plus importante. L’essentiel dans cette affaire c’est de communiquer avec les nouveaux venus et de resserrer les affects avec les fidèles. C’est à ce prix que les revues pourront non seulement survivre face au durcissement de l’époque mais aussi se développer dans un contexte de concurrence exponentielle entre les médias indépendants et de stagnation économique. (*)en revanche, plusieurs revues ou fanzines tels que Dock(s), Gros Textes, Rock Hardi, ont associé parfois un CD à leur livraison papier. R.Gaillard
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