Les effets induits de la TVA à 7% sur l'écrivain


L'augmentation de la TVA sur le livre va accroître les risques de dérapage dans la petite édition indépendante. Déjà fragilisés par la quasi-absence de leurs nouveautés sur les étals des libraires, la concurrence du numérique et la baisse, lente mais constante, de la lecture dans la population, des éditeurs pourraient avoir la tentation de reporter sur les auteurs une partie de la charge. L'écrivain deviendrait une variable d'ajustement économique.

 

Ces régressions dans rapports auteurs/éditeurs ne se produiront pas partout. Et elles ne sont pas à mettre qu'au débit de la TVA 7%. Mais cette mesure accélère la dégradation des entreprises culturelles les plus fragiles.

Quelques éditeurs en difficulté pourraient améliorer leurs comptes en s'appuyant sur les auteurs. Aussi, il n'est pas inutile d'effectuer une piqûre de rappel. Nous vous listons les avatars que vous pourriez rencontrer puisque vous n'avez pas la « chance » des 2 auteurs de premiers romans qui font l'actu d'octobre : Alexis Jenni (L'art français de la guerre publié par Gallimard) et Marien Defalvard (Du temps qu'on existait publié par Grasset).

 

L'Oie plate a dressé la liste des contraintes possibles. Certaines sont acceptables, d'autres tendancieuses et quelques unes carrément blâmables :

    Le transfert de charges : il est demandé à l'auteur d'organiser lui-même une séance de signature, d'effectuer à ses frais et sur ses exemplaires d'auteurs tout ou partie du service de presse ; de diffuser des bons de souscription ou de commande sous peine de compromettre la parution ; d'effectuer des dépôts librairie pour le compte de la maison d'édition ; etc...

    La « valorisation » : l'éditeur propose à l'auteur des remises attractives afin de booster la vente directe dans l'entourage, rendre attractif l'investissement personnel et indépendant dans les salons de proximité.

    La révision du contrat : il peut revoir certaines clauses de ses nouveaux contrats afin de moins donner de contrepartie (exemples : à-valoir et pourcentages en baisse, voire à 0 % sur la première tranche des ventes ou encore proposition de payer les droits en exemplaires du livre ; augmentation des seuils de vente déclenchant l'augmentation des pourcentages ; diminution des exemplaires d'auteur).

    Le paiement problématique : la maison en difficultés financières peut décider de ne plus payer les droits dus à ses écrivains ou simplement les retarder, fournir des comptes inexact et fantaisistes, oublier de réintégrer les cessions à des tiers ou les recettes annexes.

    La « pression d'achat » : avant la signature du contrat, l'éditeur met « une aimable pression verbale » sur le futur auteur. Il s'agit de lui suggérer l'achat au prix fort d'une partie du tirage. L'auteur, qui n'a pas su résister, se trouvera moralement engagé sur la quantité évoquée ce jour là.

    La vente forcée : l'achat d'une partie du tirage au prix fort est imposé dès la signature du contrat, soit par une clause interne, soit par l'adjonction d'un bon de commande.


Cette dernière solution transforme la structure du contrat d'édition. L'auteur, en position de faiblesse lorsqu'il n'a que cette offre, n'a aucune marge s'il veut être publié à tout pris(x). Chez L'Oie plate, c'est du compte d'auteur abusif et c'est du 3 « tomates » dans l'annuaire Audace !»

 

Lire ici la position de l'association des éditeurs indépendants

(11-11-2011)

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